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II - Vecteurs de communication à l'ère d'internet.

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II - Vecteurs de communication à l'ère d'internet.

Définition

Nous l’avons récemment abordé, il existe de nombreuses manières de communiquer1. Nous essaierons ici d’en décrire une, particulière à notre époque.

Avec L’avènement de l’ère de l’information, amenant la communication haut débit et autres innovations technologiques, de nombreuses communautés se forment sur le web. Des sites tels que 4chan2 ou Reddit3 voient le jour ; ils seront notamment le berceau de ces regroupements dans lesquels apparaissent au début des années 2000 de nombreux objets d’un genre nouveau que l’on appellera ‘mème’. Le concept lui-même fut inventé 20 ans plus tôt, dans un roman paru en 1976 : The Selfish Gene par Richard Dawkins. En se basant sur des racines grecques pour former ‘mimeme’ pour ‘unité d’imitation’, raccourci en ‘mème’ en prenant le mot gène comme modèle ; alternativement pensé comme en utilisant le mot français “même”, pour mimer, répéter à l’identique. Sa définition première est donc selon l’auteur :

Des exemples de mèmes incluent des mélodies, des idées, des slogans, la mode vestimentaire, la manière de faire des pots en tere cuite ou des arches. De la même manière que les gènes se propagent dans le pool génétique en passant d’un corps à l’autre via les spermatozoïdes ou les ovules, les mèmes se propagent dans le pool mémétique en passant d’un cerveau à l’autre via un procédé qui peut être appelé au sens large : l’imitation/le mimétisme. (Traduction personelle)

Depuis peu, une branche de la sociologie nommée ‘mémétique’ (inspirée de la génétique) s’inspire du concept de Dawkins pour étudier la culture : en comparant le mème à des gènes subissant une sélection évolutive, on serait capable d’avoir une vue nouvelle du comportement à travers le prisme de la répétition. Le résumé de l’article bien nommé : ‘Memetics’4, peut servir à décrire justement et en peu de mots cette discipline :

“La mémétique aussi appelée l’histoire des mème, est une nouvelle discipline visant à mieux comprendre l’évolution des cultures. La mémétique se base sur l’idée que la culture peut être réduite à l’étude d’unités culturelles appelées ‘mèmes’: des idées, comportements, croyances et expressions, qui se propagent d’une personne à l’autre, dans une culture et avec des contraintes. De ce point de vu, le mème devient l’équivalent d’un gène : une unité de transmission culturelle. Etant donné la nouveautée de cette discipline, les définitions et limites de ce qu’elle englobe est encore à débattre et sujet à discussion : Qu’est ce qu’un mème ? Comment les étudier ? La mémétique devrait-elle être une science ? La plupart des recherches actuelles ayant pour sujet la mémétique utilisent celle ci en tant que méthodologie pour examiner la culture et le mouvement des idées à travers cette elle.” (Traduction personelle)

Nous nous intéresserons dans le présent article à la communication sur internet, ainsi notre définition de mème exclura le terme général précité et se concentrera sur la suivante. Il sera défini comme :

“Un morceau d’information culturelle généralement sous la forme d’une image ou d’une vidéo, accompagnée d’un texte et répandue de manière virale, à portée humoristique. Ce morceau d’information est alors représentée selon différents formats qui témoignent et reflètent l’empreinte d’une époque.”

On verra également l’utilisation de templates, à la base des nombreux formats de mème :

“Un template ( patron en français ) est une base sur laquelle se construit un mème, c’est géneralement lui qui contient une première couche de références culturelles attirant l’oeil du consommateur. Ils forment ce qu’on pourrait apeller l’amorce de la blague là ou le texte/les éléments ajoutés joueront le rôle de chûte”

Voici quelques exemples de templates populaires (ou qui l’ont été) :

Desktop View Certes, ils sont pas de première fraicheur non plus.

Les templates, à force de reprises et modifications et sous conditions de devenir assez viraux, s’éloignent de la référence culturelle de base et deviennent eux-mêmes une référence à part entière. Leur sens original ou l’événement qui motiva la création du mème est oublié, ne subsistent que des images et des pratiques. À la manière des rites dont l’origine est trop ancienne, le sens est perdu mais l’action persiste.

Quelques exemples non exhaustifs seraient : l’utilisation du “xd” pour marquer le rire (peu pratiqué aujourd’hui certes) ; mais qui était au départ (années 90) un smiley comme les autres, avec le X représentant des yeux plissés et le D une bouche en sourire. L’utilisation plus récente de ‘f’ quand il se passe quelque chose de triste ou pour ‘témoigner du respect’. Plus niche, mais l’origine de la règle 34 5 d’internet, qui vient d’une série de 100 règles initialement. L’utilisation de ‘42’ (ça date aussi) sur internet, comme référence au Guide du voyageur galactique, roman de Douglas Adams. Bref.

Le mème est une forme de média vivante, à part. Il possède un cycle de vie avec une ou plusieurs naissances et morts de par sa haute mutabilité, conférée par de nombreuses caractéristiques que nous allons aborder.

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Evolution :

Desktop View Compilation de mèmes 2000-2010 : Les mêmes classiques de cette époque sont nombreux, quoique obscurs aujourd’hui.

La raison pour laquelle ces mèmes sont obscurs – ou absurdes – est intrinsèque : ils sont l’empreinte du zeitgeist 6 qui les a générés. C’est également la démonstration d’une caractéristique propre à ce média, il a un cycle de vie, ces mèmes illustrés plus haut sont qualifiés de ‘dead memes’ 7 ; ils sont arrivés à la fin de leur vie, ont perdu leur pertinence, leur impact. Leur vue provoque au lieu du sentiment préparé originellement par l’artisan mémétique un sentiment d’incompréhension, une certaine nostalgie, voire carrément : de la gêne…

Il est bon de noter que des sites tels que KnowYourMeme8/MemesGuy9 existent, ils servent de base de données inestimables et permettent de suivre l’évolution de certains mèmes, leurs cycles de vie, popularité, origine et autres Des chaînes YouTube sont également spécialisées sur le sujet, c’est par exemple le cas de Lessons In Meme Culture. 10

Comme beaucoup d’autres médias, ils sont passés par de nombreuses ères dans leur maturation. Ces ères sont bien sûr subjectives et différentes dénominations existent, même si les démarcations sont en général relativement similaires.

AnnéesProposition 1Proposition 2
1995-2005Débuts d’internetsExperimentale
2005-2008Débuts pupularitéClassicisme
2009-2012Classicisme“Rage comics”
2013-2015Explosion popularité“Dank”
2016-2018TransitionnelsSurréalisme
2019-2021PandémiePost-ironie
2022-2023Post-pandémie“Brain rot”
2024-présentPériode Moderne“Brain rot”

On remarquera que les noms de la première proposition sont plus généraux/orientés sur la temporalité, alors que les ères de la seconde correspondent plus à ce qui est le contenu desdites époques. Je dois avouer que ces deux manières de classer les sous-cultures mémétiques sont intéressantes. On pourra éventuellement changer quelques années de-ci de-là, mais dans les grandes lignes, c’est ce qui est communément accepté. Ces termes peuvent être troublants pour un profane, vous pourrez peut-être vous aiguiller avec la frise suivante :

Desktop View C’est bien sur une frise parmis d’autres, il existe de nombreuses proposition et réinterprétations en ligne (J’avais prévu de faire une frise moi-même mais j’avoue que face au taf que ça demande…j’ai la cosse excusez.)

Archétypes de Jung appliqués à la mémétique ?

Certains internautes auront sans doute remarqué des similitudes entre les mèmes issus de plusieurs époques. Des templates récurrents, des personnages qui réapparaissent sous des formes différentes, des mécaniques similaires. À la manière de thèmes récurrents dans les histoires que l’on peut lire ; Jung, un sociologue et psychiatre suisse, disciple de Freud, connu entre autres pour ses travaux sur la psychologie analytique et ses théories concernant ces fameux thèmes récurrents.

Dans la théorie jungienne, on retrouve de nombreux personnages et événements sous la forme d’archétypes. Ils sont les réductions élémentaires de concepts humains qui perdureraient à travers l’évolution et seraient inscrites dans notre inconscient collectif (notion de Jung qui va de pair avec les archétypes). Ces archétypes donnent leur contour aux histoires, aux cultes et à nos rêves. Ils sont en quelque sorte des thèmes, des grandes lignes, qui ont acquis au fil de notre évolution un set de caractéristiques On retrouve par exemple dans les archétypes majeurs la ‘persona’ et ‘l’ombre’, représentant respectivement le masque social d’un individu et sa personnalité réprimée/secrète. On retrouve dans les archétypes mineurs des personnages tels que le Héros, la Mère, le Sage, etc. Ces archétypes mineurs et majeurs se retrouvent dans nos façons de raconter les histoires, les religions, la culture populaire, bref notre vie de tous les jours, formant des motifs récurrents dans notre histoire. Vous pourriez vous amuser à chercher ces symboles dans vos œuvres préférées, il est pratiquement certain que ces archétypes s’y retrouvent ; sinon voici un court article qui donne des exemples de personnages de la culture populaire et qui pourrait vous aider si mon explication avait manqué de clarté : Jungian archetypes in media. (ça pourrait être comparé à de l’astrologie pour les gens en fac de socio, bon.)

Alors, en revenant à nos mèmes, ne serions-nous pas en présence de nos archétypes susmentionnés ? Ces symboles, à la fois nouveaux et antiques, qui apparaissent sur votre écran ; on interprétait autrefois les rêves par leurs symboles : une chute, des animaux, des peurs viscérales. Les algorithmes qui analysent notre comportement sur les réseaux sociaux nous connaissent mieux que nous-mêmes, en scannant vos réactions, likes, temps de rétention, fut-ce à des vidéos courtes ou des images, et en vous en proposant de nouveaux que vous aimerez ou non. Ils utilisent (sans en avoir conscience, via des tags ou autre) ces symboles pour vous classer. La question se pose : pourrait-on interpréter notre feed comme on interprète des rêves ? Demandons-nous quels symboles récurrents dominent notre feed. Du contenu tendancieux ? De la nourriture ? De la politique ? Certains animaux ? De l’art ? Des choses qui vous énervent ?

La présence de ces archétypes dans ce média implique le fait qu’il représente également une manière de raconter une histoire, une forme d’art à part entière. Les mèmes, comme bien d’autres formes d’expressions, seraient une fenêtre sur la psyché humaine en plus d’être la représentation d’une époque.

Le mème comme counter culture du rococo qu’est l’art contemporain

Pour continuer dans notre essai de définition des mèmes comme forme d’art – oui c’est ce qu’on est en train de faire –, nous pourrions en profiter pour remettre en question quel art sera retenu par notre époque. Il n’aura échappé à personne que l’art moderne :

Desktop View banksy,kawys,orlinski,murakami, et le plug c’est McCarthy

Ne remplit pas vraiment les caractéristiques de l’art habituel, du beau, de la technique, du bon goût… On rencontre de moins en moins de symbolisme, un lissage, un manque de messages, de ferveur. Cet art moderne pourrait sembler pour certains comme un art de riches, sans risques, destiné à être acheté dans une communauté artistique d’élites qui jugent de ce qui sera hors de prix ou non. L’art perd son sens et sa substance et devient décoratif.

De ce postulat, il peut être comparé au rococo – style rocaille en France, dernier mouvement du baroque : ce mouvement artistique représente souvent des scènes pastorales, des ‘loisirs aristocratiques’ ou plus théâtrales. Le but étant de fournir les demeures des bourgeois d’un art qui serait léger, agréable à l’œil et sans accrocs. Pas de symbolisme ici, pas d’émois ou d’émotions, représentons des choses simples, qui plaisent à la vue et sans grandes ambitions : un art décoratif. Son but même est l’artificialité, représenter des mondes et des scènes idylliques, fausses certes, mais jolies ! Il trouve son apogée au même moment où le peuple se révolte en France, fin XVIIIᵉ siècle. Celui-ci n’est pas sous son meilleur jour, mais le rococo ne représente rien de cela, lui aussi, c’est un art lisse. On peut alors le comparer au néoclassicisme, antinomie du rococo, qui, plein de symboles, d’espoir, de sens, représente le peuple et ses déboires, transmet des émotions fortes à travers ses peintures. Ce n’est pas le rococo qui ferait trancher des têtes.

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Si notre art contemporain est l’égal du rococo, que sera notre néoclassicisme ? Devant quelle œuvre d’art moderne vous êtes-vous sentis représentés ? Compris ? Encouragé ?(perso c’est cant help myself mais c’est pour dire que c’est rare, quoi). Alors que le but même des mèmes est cette capacité à nous y identifier. Les mèmes les plus importants/intéressants sont ceux qui représentent le mieux notre époque, ceux qui sont restés le plus longtemps dans les mémoires. Leur utilisation pour transmettre rapidement et efficacement des informations ou des émotions ainsi qu’une vue de la période à laquelle ils ont été assemblés est unique. En plus d’être un art, c’est un art particulièrement complexe que l’artisan mémier doit réaliser, assembler les bons marqueurs culturels et jouer avec les modes du moment de manière à créer quelque chose qui puisse être relayé et compris, le plaçant au rôle d’artiste. Ce sont eux qui abordent les problèmes auxquels nous sommes confrontés quotidiennement, eux qui permettent de créer un sentiment de solidarité en nous mettant dans le même bateau, en critiquant (parfois) un système contre lequel des voix s’élèvent. C’est l’art de prédilection de notre génération pour exprimer les problématiques ineffables auxquelles nous faisons face. Ce qui est d’autant plus facilité par l’utilisation des archétypes expliqués précédemment, que l’on pourrait retrouver chez les mèmes de type ‘wojaks’ qui ont débuté autour de 2010 et gagné en popularité depuis lors, qui comportent de nombreux personnages auxquels il est simple de s’identifier.

  1. Desktop View Partie inspirée de cette vidéo.

Caractéristiques :

Étant né sur internet, le mème est sujet à des mutations nombreuses et rapides, il peut ainsi se développer et s’adapter au mieux à son public, On trouvera trois leviers principaux.

L’instantanéité du partage en ligne, en usant d’un format facile à digérer et percutant, leur permet une certaine viralité, en utilisant l’humour, la satire ou la parodie comme cheval de Troie pour véhiculer des messages, des idées ou des opinions complexes, le tout en transcendant les barrières du langage et parfois de la culture. Le même est alors un véhicule sophistiqué facilitant les interactions sociales en encapsulant un message sous l’humour.

Sa haute mutabilité évoquée plus haut est due à sa participation à une culture de l’interaction : le mème, pour vivre, doit être modifié. Un template qui fonctionne sera repris, changé, reposté, amélioré, dégradé ; il subit alors une sélection sous la pression des utilisateurs (et des algorithmes) jusqu’à être perfectionné et propagé. Il est rare de voir le template original d’un mème, ce sont généralement des reposts ou des versions alternatives. De cette manière, le même n’est pas un artefact figé mais bien une entité en mutation le temps de sa plus ou moins courte vie, et qui reflète aussi bien les tendances sociopolitiques, les témoignages culturels ainsi que des sentiments collectifs/publics.

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La capacité d’attention du public sur internet, participe à la viralité du mème. La baisse de la capacité d’attention est un débat dans la sphère scientifique et sa définition même est complexe. Une chose est sûre cependant, l’attention est une monnaie précieuse sur internet – la vitesse d’apparition et de disparition des modes y étant particulièrement rapide –, les marques et les créateurs de contenus se l’arrachent et donneraient tout pour grapiller jusqu’à la dernière minute de votre attention. Cette guerre incessante provoque une fatigue, une charge pour la personne naviguant sur la toile. L’humble mème cependant, de par sa conception, ne demande qu’un regard pour être compris, quelques secondes, c’est une capsule légère contenant une image, un peu de texte, éventuellement un ou deux niveaux de compréhension : l’idée principale doit pouvoir être saisie rapidement et inciter au partage. C’est d’ailleurs une blague récurrente de dire que les mèmes de gauche contiennent beaucoup de texte, ce qui les rend indigestes, voire ‘chiants’ (alors que les mèmes de droite sont racistes en plus de pas être drôles, on gagne au change selon moi).

Desktop View ça commence à faire beaucoup de références à lire mais super article de Al Hassan Elwan sur les murs de texte de ce genre : ici (ça parle pas de mèmes)

Ce sont ces caractéristiques héritées du média qu’est internet : une instantanéité du partage, une importante mutabilité et une capacité d’attention diminuée du public, qui en font le candidat évolutif parfait pour la communication sur le web.

On notera enfin trois concepts qui composent ce candidat, comme décrit dans le Modern American Journal of Linguistics11 :

Les mèmes et leur efficacité peuvent être représentés via trois piliers : ‘mood’, ‘relatability’ et ‘simplicity’. Le premier représente l’humour, un mème doit être drôle et apprécié pour être partagé, c’est avec des blagues vectrices de critiques ou de commentaires sociaux (ou simplement distrayantes) qu’il réussit à plaire au plus grand nombre et à augmenter les interactions. Puis, le mème doit aviver l’empathie, ils relatent généralement des expériences que l’on a déjà vécues, des références plus ou moins niches qui cultivent un sentiment d’inclusion et permettent à un membre des communautés ciblées de rapidement s’assimiler. Enfin, la simplicité : un mème se doit d’être épuré, d’être accessible et compris rapidement par la communauté visée. C’est ce tryptique qui permet aux mêmes de dépasser leur vocation de moyens de communication et de finalement servir de ciment social.

Symbolisme/test agents dormant (lost, amogus, saddam)

OK, petit test, on va tester rapidement votre capacité à reconnaitre des motifs récurrents (et si vous êtes sur internet de manière chronique).

Que voyez-vous dans les images suivantes ?

Desktop ViewC’est bien ce que je pensais…

Composition et utilisation

L’utilisation de nombreux signaux culturels, numéros, références, avatars, couleurs, ironie, travaillent de concert afin de dépasser la simple image ; en encourageant les consommateurs du mème à passer outre le sens superficiel, à réinterpréter et à trouver un sens au-delà de ce qui est visible pour un profane. Ce sont bien des entités qui ne sont pas issues d’une seule personne mais d’un système qui réinterprète puis partage ; chaque nouvelle itération peut rajouter un sens, une couche nouvelle à décrypter, tout en conservant l’essence originelle.

Il n’est pas simplement une image résumant l’actualité, le mème, comme toutes choses, est politique et sert de fenêtre, il donne vue sur le climat social face à un événement. Ils ne sont pas seulement des extraits du passé et peuvent aussi servir d’énergie créatrice à de nouvelles idéologies. Notamment visible lors de moments de votes, par exemple aux États-Unis ou même chez nous en France (on notera les mèmes/montages sur Bardella ou Delogu qu’on avait pu voir) ou lors de la transmission de messages engagés.

En renforçant certains points de vue, en en affaiblissant d’autres, les mèmes sont alors des vecteurs d’idées politiques et peuvent servir à influencer, ils gagnent en pouvoir à chaque partage, chaque interaction. Outre leur part d’humour, ils peuvent ainsi influencer le monde réel, en témoigne par exemple la crise de GameStop en 202112, qui eut des répercussions importantes et donc la communication principale se faisait via les mèmes.

Desktop ViewJ’ai pas trouvé des mèmes d’illu pour le caca de Jordan dans l’amphi N de Tolbiac et Delogu, désolé (vous remarquerez qu’y a ‘beaucoup’ de texte sur le mème, donc vous pouvez en déduire le bord politique maintenant ;p) (j’ai même mis plusieures mutations d’une partie du mème, qui à plus pris en popularité que les autres (parcque un des plus proches de la réalité peut-être))

Également utilisés pour des sujets importants/tabous comme le racisme, la santé mentale, la justice sociale, ils permettent par l’humour de servir de catharsis à leurs créateurs et aux utilisateurs, créant un sentiment d’unité et jouant sur la partie « relatability », limitant ainsi l’inconfort potentiellement ressenti lors de la discussion de sujets sérieux.

Desktop View Desktop View

Leur capacité à être répliqués, modifiés et compris à travers les barrières du langage les rend capables de s’adapter aux subtilités que l’expérience humaine propose. Cette adaptativité serait-elle à la fois positive et négative ? À l’heure actuelle où se construire un avis est de plus en plus complexe, rares sont les personnes appartenant à une idéologie et qui en ont lu les bases littéraires, fondatrices. Cependant, Ô combien suivent une pensée par l’intermédiaire de la culture, de leurs relations sociales, des médias consommés et j’y viens : aux mèmes. C’est peut-être là qu’il faut se méfier, car, en conférant une certaine force à ce ‘cheval de Troie’ comme on l’a appelé plus haut, ne serions-nous pas alors vulnérables face à cette image que j’ai l’habitude de voir et qui parle mon langage ?

Reprises par les marques

On pourrait rapidement aborder la reprise par les marques du format du mème, de l’utilisation de références culturelles niches pour vendre des produits ou monter en popularité. Vous avez surement déjà vu des marques telles que KFC, MacDo, Starbucks, Tinder, essayant toutes de monter leur image de marque en suivant les trends récentes.

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Outre le fait qu’on puisse trouver ça gênant (c’est mon cas), on peut se demander si cette réappropriation est bien légitime. L’utilisation de tous les leviers possibles pour attirer le chaland ne devrait pas nous surprendre de la part de ce genre d’entreprises. On peut y voir aussi la monétisation de l’absurde comme dans le cas de KFC ou de MacDo ci-dessous…

Desktop View Qui rigole là

Cette appropriation de la culture web n’est bien sûr pas vue d’un bon œil par le public. Des tendances de mèmes crachant sur les entreprises essayant d’être ‘hip’ auprès des consommateurs comme le ‘silence brand’ qui pouvait être vu dès qu’une marque prenait un peu de libertés ou lors de pubs désagréables (pléonasme ?). L’utilisation d’un mème par une marque signe souvent l’arrêt de mort de celui-ci : si le mème est assez populaire pour être repris par une marque, c’est qu’il est en quelque sorte mûr et c’est à ce moment qu’il est le plus sensible, l’arrivée d’une marque sert alors parfois le coup de grâce.

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le futur des mèmes face à l’hégémonie du format de la vidéo courte

(C’est la conclusion, promis c’est bientôt fini.)

Il n’est plus débattable que de nos jours, tous les médias investissent sur la vidéo courte verticale. C’est un basculement que chaque grande plate-forme semble désespérée d’opérer et il semble l’étape logique après l’avènement du défilement infini (infinite scroll). Alors, nos mèmes, que nous avons dits si profondément ancrés dans la culture web, seraient-ils voués à disparaitre ?

Certes, on remarque avec le temps une diminution du mème-image (format des mèmes composés uniquement d’une image). Ce n’est que conjecture, mais je dirais que la tendance actuelle à pousser le plus possible la vidéo brève combinée à “l’efficacité” des algorithmes de nos feeds respectifs. Nous poussent à voir un éventail moins varié de templates ou de différents mèmes et plutôt de nombreuses variations du même template à la mode, quand on a la chance de tomber sur des images. Ce qui pourrait jouer sa part dans cette impression.

Le mème, bien sûr, s’est adapté, a évolué, les premiers étaient d’ailleurs des mèmes-vidéos (Peanut Butter Jelly Time/Dancing Baby). Je pense également qu’il serait facile de la jouer réac’, de dire “les mèmes c’était mieux avant, mtn avec leurs skibidi toilet et leurs bombardero crocodillo et leurs 67 tout part à vau-l’eau. T_T” (vous remarquerez que la moitié des trucs cités là sont déjà morts et enterrés). Mais je ne suis pas de cet avis, cette ère “brain rot” comme celles avant elle signifie, de par son abstraction, quelque chose elle aussi. Également, je ne suis plus le public principal des mèmes de cette ère, je l’avoue, et j’en suis en conséquence moins sensible.

Assiste-t-on à une scission entre les formats de mème-vidéo et mème-image ? Faut-il rêver d’une recrudescence des mèmes-images, d’une renaissance ; ou n’est-ce que nostalgie ? Ont-ils fait leur temps ?

Je pense que les mèmes sur internet ont de beaux jours devant eux. Ils sont, après tout, nous l’avons exposé, une manière d’expression particulièrement efficace et intrinsèquement communautaire. Si leur popularité baisse sur un format, ce n’est que pour exploser sur un autre.

Et un de mes mèmes préférés comme mot de la fin.

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  1. Edelweiss. (2026, April 14). I - la communication. L’aube. https://aube-asso.org/posts/communication/ ↩︎

  2. Site web : 4chan. https://4chan.org/ ↩︎

  3. Site web : Reddit. https://www.reddit.com/ ↩︎

  4. Sanford, A.G., Smith, S.L. and Blum, D. (2025). Memetics. In The Blackwell Encyclopedia of Sociology, G. Ritzer (Ed.). https://doi.org/10.1002/9781405165518.wbeos2021 ↩︎

  5. Rules of the internet.(On remarquera la 34 dont je parle et la 50, en lien avec l’article actuel. La liste étant à la fois un mème et un salmigondis de mèmes) https://www.scribd.com/document/98614025/Rules-of-the-Internet ↩︎

  6. Zeitgeist. Wikipedia.org; Fondation Wikimedia, Inc. https://fr.wikipedia.org/wiki/Zeitgeist ↩︎

  7. Urban Dictionary. (2017). https://www.urbandictionary.com/define.php?term=dead+meme ↩︎

  8. Site web : Know Your Meme. https://knowyourmeme.com/ ↩︎

  9. Site web : MemesGuy. https://memesguy.com/ ↩︎

  10. Chaîne Youtube : Lessons In Meme Culture https://www.youtube.com/@LIMC ↩︎

  11. MEMES AS POWERFUL SYMBOLS OF COMMUNICATION IN THE DIGITAL ERA. (2025). Modern American Journal of Linguistics, Education, and Pedagogy, 1(2), 338-344. https://usajournals.org/index.php/6/article/view/179 ↩︎

  12. Crise gamestop. Wikipedia.org; Fondation Wikimedia, Inc. https://en.wikipedia.org/wiki/GameStop_short_squeeze ↩︎

Cet article est sous licence CC BY 4.0 par l'auteur.