Lettre à un ami musulman
Mon ami
Je suis navré de t’écrire cette lettre dans un langue que tu ne parles pas, mais ces mots que nous avons échangé je veux leur donner leurs lettres de noblesse et c’est le français qui me sied le plus dans cette entreprise.
Cela a commencé quand nous avons parlé de mariage, que tu m’as dis bientôt retourner chez toi et que ça serait l’occasion de te marier. La simplicité avec laquelle tu m’as fais part d’un projet si périlleux dans mon esprit européen m’a de suite désarçonné. J’ai donc creusé empli d’une certaine envie de mettre en conflit nos idées, je l’admet, mais aussi d’en apprendre plus sur toi.
Alors tu m’as conté les bienfaits de la vie familiale et la volonté d’avoir un enfant. Comme la longévité maritale était garantie à deux personnes ayant les mêmes idées. Mais aussi que l’Europe, incapable de faire des bébés et des liaisons heureuses étaient dans le déclin d’après tes concitoyens.
Au fur et à mesure de tes tapes morsiennes sur l’épaule et de tes cris par dessus l’horrible de machine de Watt qui, alors, avait tout sauf l’objectif de relier les nations, j’ai compris.
J’ai compris que peut être avais tu raison et que je n’avais pas tort. Le mariage pour toi reposait sur la foi en une religion qui a tracé les frontières de ton pays quand moi je lui cherchais racine dans les méandres de mon esprit.
Le mur civilisationnel n’en était alors pas un parce que tu étais avant tout un ami. Comme le sourire peut se substituer au langage, ici l’amitié s’est substitué à la compréhension, c’est du moins ce que je me suis dis au premiers instants.
Peu à peu cependant, notre discussion enflammée s’est atténuée et le mur a peu à peu perdu de sa hauteur alors que nous prenions du recul. Ce qui était alors une barrière infranchissable, à grand coup d’empathie nous avons pu la diminuer de taille jusqu’à apercevoir le glorieux ciel qui nous était commun.
Tu m’as dis que ton Islam était similaire à ma guitare. Que tu voulais simplement partager ce qui t’avais rendu heureux et t’avais apporté. Et quand je t’ai demandé si, pour toi, j’allais aller au paradis malgré mon refus d’adopter toute autre religion. Tu m’as dis que tu prêcherais ma demande auprès de Dieu et que nous nous retrouverions en son royaume.
Ce jour passé à tes côtés m’a permis pour la première fois de mettre de la sensibilité dans ce qui était auparavant une guerre d’idée. Plutôt que le mur me rappelant autrefois que j’étais bien incapable de vivre ce qu’il se passait de l’autre côté. Je voyais ce ciel tout nouveau nous étant commun : La quête de bonheur et d’accomplissement, mais surtout la justice.
Ainsi plus qu’écrire, je marque ce moment sur le papier afin de pouvoir conter le jour ou, pour la première fois j’ai touché aux grandes distances de l’individualité tout en admettant l’infinie proximité de deux âmes sans préjugés.
A présent il ne me reste plus qu’à te dire que j’ai hâte de te retrouver à ton mariage, qui sait, et de, un jour, visiter ton pays que je pense avoir déjà un peu compris.
En tout cas nous nous reverrons mon ami, sur la Terre ou au Ciel, pour ça je compte sur toi.
A