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Le problème de la banane


Connaissez vous le problème de la banane ?

Je suis un grand amateur de bananes. De tous les en-cas qui se sont présentés à moi dans ma quête de la prise de masse, c’est celui que j’ai élevé au plus haut niveau de confiance. Beaucoup de calories, un goût agréable, une ergonomie parfaite, je tenais l’élu qui allait me mener aux 90 kilos dont je rêvais.

Je me mis donc à manger des bananes, beaucoup de bananes tant est si bien que mes parents, qui avaient l’habitude de la diversité que leur conférait la gamme Lu, me dirent que ce serait mauvais pour ma santé de manger « toujours la même chose ». Bien sûr, j’entendais ce qu’ils disaient, mais me rendais compte qu’ils avaient tort je continuais donc, comme tout enfant qui a de l’avenir. Comment pouvais-je abandonner ce fruit fabuleux qui m’enlevait toute envie de consommer les sucre des plus raffinés que contenait les gâteaux jonchant le garde manger familial ?

J’avais confiance en la banane, une confiance aveugle.

Que j’étais sot.

Un jour, je suis parti en Asie. Je suis parti en Asie une durée trop longue pour que je puisse me passer de bananes. Fort heureusement il y en avait dans toutes ces boutiques, petites centrales à charbon nocturne qui, tels de phares de l’ancien temps jouaient de l’obscurité que conférait la nuit pour mettre à profit leurs lumières éblouissantes, se faisant phare afin de guider toute personne égaré entre ses griffes climatisées. Je ne décris pas là les lampes à gaz et les moustiques qui viennent s’y brûler mais bien les 7 eleven et les touristes qui y dépensent leur monnaie.

A force d’errer dans ces magasins afin d’y dépenser les quelques pièces qui alourdissaient mes poches pour un produit incongru comme seul l’Asie en est capable, je les ai trouvées.

Une étagère peuplée de banane déguisée, en effet pour mieux se fondre dans la masse elles s’étaient toutes vêtues de plastique. Alala ces asiatiques et l’hygiène me suis-je dis en passant à la caisse.

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Que j’étais sot.

Le temps passait et je commençais à m’interroger sur ce que je mangeais. C’est au 10e onigiri que je prenais en petit déjeuner et à la 20e petite gaufrette que je m’autorisais en dessert que je me suis demandé si j’étais si malin de m’être réjoui de faire de ces deux produits en réduction la base de mon alimentation. Alors j’ai regardé l’étiquette. A vrai dire je l’ai regardée 2 fois, parce qu’en thaï c’est plus compliqué de mesurer la longueur des mots, peut être, ou de se rendre compte que tous ces numéros cachent en fait des additifs . En tout cas, la première fois je n’ai pas creusé et me suis comme empressé pour me permettre l’ignorance et profiter encore une fois de ces petites merveilles qui me rappelaient à quel point l’agro-industrie est une fabrique à joies simples.

Que j’étais sot.

Je passerai vite sur le fait que mes onigiris étaient composés en large partie de succédané de crabe (je n’ai pas fait d’investigation plus approfondie) et que les gaufrettes était composé à plus de 50 % en masse de sucre. Ce qui fait que, avec les deux que je m’enfilait chaque jour, j’arrivais à plus de la moitié de la dose de sucre journalière préconisée par LES ÉTATS-UNIS. La Thaïlande étant un pays ou le sucre remplace le sel sur les tables des restaurants, j’ai su que mon beau t-shirt de football américain que j’avais acheté dans un authentique marché local (on va en parler de ça aussi) allait vite retrouver la masse graisseuse qui convenait à sa coupe oversize si je continuais comme cela. J’ai donc décidé, même si elles étaient bien plus chères, de retourner à mon juge de paix, la Banane donc.

Je dois dire que j’avais un peu de regret, la banane à l’unité conférait à la fois 4 fois moins de calorie que l’onigiri et sans doutes 20 fois moins de sucre que la gaufrette, et tout ça pour un prix qui ne rééquilibrait pas ces rapports… Je sentais l’effort de la révolte.

Que j’étais sot.

J’ai donc, durant une courte période, mangé ces bananes de luxes en pack de un ou de deux. J’hésitais pour lequel opter, mais, j’ai remarqué qu’au poids, en considérant que le rapport surface volume des spécimens plus petits composant les packs de deux engendrait un volume de peau relatif au volume total supérieur à la banane unitaire ce qui créait un désavantage du rapport masse calorique/prix du pack de deux sur la banane seule (et encore c’est sans compter le fait qu’il y ait deux queues dans le pack de deux qui s’extraient de ce raisonnement en surface). Encore une belle arnaque mais ils ne m’ont pas eu cette fois me disais-je.

Desktop View Ces deux produits au même prix !

Que j’étais sot.

Le lecteur attentif de mon premier article de presse (celui-là) aura remarqué, même s’il devient plus difficile de se souvenir après l’explication précédente, que je n’ai mangé ces bananes qu’une courte période.

Le lecteur encore plus attentif à compris la supercherie avec le mot luxe qui aura été l’artisan de mon salut.

En effet, ce n’est pas mon esprit critique qui m’a mené à faire la conclusion qui suit, mais bien ma radinerie souhaitant économiser quelques centimes sur le coût des bananes.

Imaginez donc si je n’étais pas radin, la vache à lait que j’aurais été, surtout que j’avais déjà tous les éléments sous les yeux et vous aussi lecteur à vrai dire, vous allez voir.

A ce moment là je me suis souvenu qu’un bon ami qui habitait au même endroit que moi s’était acheté une tonne de banane, un régime entier, à un marché aux alentours. Je me suis donc, une après midi, mis en branle, allant aléatoirement errer dans les rues jusqu’à trouver ces bananes salvatrices. Cinq minutes de marche, c’est ce qu’il m’a fallu avant de les trouver. La, un régime entier pour le prix de deux bananes au seven (petit surnom de tout client asservi) vendu par un local en claquette. Pour donner un avocat au diable, je me suis rendu compte que ces dernières étaient beaucoup plus petites et d’une forme étonnante en plus de donner par leur couleur verte pétante tout son sens au terme phyto-fruit . J’ai eu peur d’avoir acheté des bananes plantains et de devoir les faire frire pour les consommer, ce qui, vous l’imaginez, ne rentrait pas dans mes plans. J’ai du temps libre, mais comparer les marques d’huile c’était trop pour moi.

J’ai donc attendu qu’elles jaunissent et elles étaient délicieuses, bien meilleures que les bananes du seven, allant presque jusqu’à me faire oublier les gaufrettes que j’avais tant de mal à ne pas retourner acheter. J’avais retrouvé les bananes comme je les aimais, abondantes, pratiques et caloriques. Une seule question restait à être réglée, pourquoi les bananes du seven étaient si chère ? C’est en parlant de l’aube à un ami pakistanais que je me suis rendu compte de la morale de cette histoire.

Alors que lui je disais avec passion à quel point l’industrie, en standardisant chaque chose avait ôté de notre consommation quotidienne toute idée d’idéal, qu’un petit prince serait toujours le même, quel que soit le caissier qui vous le vends ou le magasin ou vous l’achetez alors que qu’une rue peut facilement regorger d’une dizaine de croissants différents. Choses qu’il n’a pas du comprendre parce que chez lui le petit prince est un roman et que les croissants sont sur les drapeaux.

Une idée s’est échappée de ma bouche : mêmes leur bananes étaient le fruit de cette industrie.

Chaque banane était scrupuleusement pesée et faisait exactement 180 grammes.

Chaque banane était au même stade de maturité, en effet elles étaient toutes datées et ne restaient jamais plus de deux jours sur l’étalage, et toutes avaient le même goût. (Ou du moins l’échantillon que j’avais goûté, pas de pseudo science à l’Aube). Le fruit intrinsèquement différencié par son environnement, chose qu’ils n’avaient pas réussi à contrer, même avec le Graal génétique agro-industriel qu’est le clone parfait, il le recréaient. Ils passaient en revue, sans doutes, des milliers de bananes pour en garder une infime partie, pour les emballer dans du plastique et les vendre dans ces magasins. Ils avaient réussi, ils étaient parvenus à industrialiser la banane. Ainsi chaque 7 eleven avait exactement les mêmes propositions, les mêmes biscuits, les mêmes nouilles et les mêmes bananes. Ils ont fait ce que McDonald’s avait fait avant eux, conférer une constance à des êtres qui ne demandent que ça avec des produits addictifs trouvables à tous les coins de rue 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Tel le bourrin et son maître, jamais je n’aurais remis en question mon joug si ce n’était pour des raisons économiques. En étant le meilleur élève du capitalisme j’avais malgré moi trouvé sa plus grande inhumanité. Changer tout consommateur en bétail et toute composante de la chaîne en une machine ne s’arrêtant jamais, nuits et jours.

Tel est le meilleur des mondes avant que le soleil ne se lève.

Seulement ne vous méprenez pas, le problème ici est moins le bourreau que la victime. Si j’étais sot c’est parce que j’ai baissé ma garde, parce que je me suis laissé emporter à mes désirs primaires, oubliant que ceux-ci étaient l’instrument du salut des pires entreprises agro-alimentaires. Ainsi je cherchais d’abord ce qui étais bon puis ce qui était pratique et j’ai élu ce fruit auquel j’allais prêter allégeance comme incarnation de ce qui était bien. Toute ces choses ont endormi mon esprit critique que je pensais pourtant à toute épreuve.

Reste une question, combien y a-t-il de bananes dans notre vie ? Jusqu’où serais-je allé pour les bananes ? Pas loin sans doutes, ce n’est qu’un fruit. Heureusement !

Cet article est sous licence CC BY 4.0 par l'auteur.