L'autoportrait
Dans l’idée de créer des petits strips autobiographiques ou du moins me mettant en scène, je me suis retrouvée face à une question que je ne pensais pas si difficile. Comment me représenter ? Quel avatar choisir ? Y a-t-il besoin d’un avatar ? L’idée de mettre en scène un bonhomme me ressemblant m’a semblé difficile et ce à plusieurs niveaux. J’ai eu la vague impression d’être dans un niveau de création de personnage, sauf que cette fois je ne peux pas le faire le plus moche possible pour m’amuser. Tout d’abord, s’incarner dans une histoire rend tout de suite les choses très personnelles, ça suppose une vulnérabilité que je n’avais pas anticipé. Impossible de mettre les choses à distance. Et quand il faut parler de sujets compliqués, ça devient vite vertigineux. Alors faut-il choisir un personnage qui ne me ressemble pas ? Même une tentative d’éloignement serait en soi une information. Et puis faire de mes héros exclusivement des hommes blancs me tracasserait. Et puis serait-ce une négation de ma féminité ? Bonne question. J’en ai plein d’autres. Un avatar non humain ou très épuré reste une solution efficace. Peut-être que je réfléchis trop mais j’ai été moi-même surprise des champs de réflexion ouverts par un problème en apparence si simple. Je sais à quoi je ressemble. Très bien même, je passe un temps peut être déraisonnable à me regarder, dans toutes les surfaces réfléchissantes que je trouve. Peut-être suis-je égocentrique, je ne sais pas. Peut-être que c’est normal. Combien de temps les gens passent en moyenne à observer leur reflet ? La légère bosse sur mon nez, la position de mes grains de beauté les uns par rapport aux autres, la petite tache dans mon œil gauche ; je les connais par cœur, je les ai étudiées des centaines de fois. Mon incisive inférieure la plus à gauche est d’ailleurs en train de tenter une rotation vers l’intérieur, ça m’inquiète. Malgré tout ça j’ai buté devant cette question. Comment me dessiner ? Que mettre en avant ? Se dessiner de façon flatteuse pourrait -il être considéré comme un aveu de vanité ? Au contraire de façon un peu moins flatteuse comme une tentative de mettre cette vanité à distance ? Ou bien comme de la pudeur ? Ou bien encore un manque de confiance en soi ? Ça en dit quand même beaucoup. Qui suis-je ? C’est une chose de le savoir, c’en est encore une autre de l’exprimer. Jusqu’où pousser la caricature. Qu’exagérer ? Qu’omettre ? Tous ces micro choix, que disent-ils de moi ? Que disent-ils de ce que je pense de moi ? Les réponses de la deuxième question sont les réponses de la première. Et surtout, dans l’optique d’un partage avec les autres, quels décalages seront révélés entre leur perception et la mienne ? Je pense que les gens s’en foutent. J’en suis même persuadée. Donc au final c’est bien un problème de moi à moi. Cet émoi fut de courte durée mais je pense que j’ai eu peur pendant un instant de m’avouer qui je suis. Ces questions se déclinent en d’autres dès que je fais quelque chose. Alors même que je tape ces mots. C’est par exemple assez intimidant de publier un écrit. Quand bien même quand c’est sur un petit site sans prétention. On a l’impression qu’il faut fournir LA réponse au problème soulevé. Alors qu’en vérité il s’agit seulement d’arriver à une petite réponse parmi tant d’autres. Il faut croire que les affirmations me font peur. Quand je parle d’autre chose je me trouve inexacte, comme si en ratant un angle du propos je commettais un crime. Quoiqu’il en soit, vient toujours le moment délicat où il faut trancher. Ne serais ce que pour que ça soit intelligible. Malheureusement je suis bien plus douée pour poser des questions que pour apporter des réponses. Pas de bol. Il n’y aura jamais de sujet que je maîtriserai assez pour me défaire de cette impression je pense. Je pensais qu’une solution serait de parler de ce que je connais le mieux, moi. Mais voilà je me retrouve à constater que ça n’est pas si simple et que si je pense me connaître, je ne sais pas si j’ai envie de me frotter à cette vulnérabilité-là. Pas encore du moins. Pas frontalement, je suppose que vous me verrez de biais, ou bien à travers les lignes. De toute façon si je faisais de ma personne mon seul sujet je ne pourrais plus échapper aux allégations de narcissisme. Dès que je commence à écrire je me sens donc prise en sandwich entre mon manque de légitimité et ma peur de la vulnérabilité. Plus je réfléchis plus je me dis que ça n’est pas vraiment une question d’autoportrait ou de légitimité. La quantité de questions que je me pose sont finalement encore un symptôme de mes plus grands ennemis : Perfectionnisme et sa fille Inaction. Regardez tout ce que je peux inventer pour éviter de faire quoi que ce soit. Ce petit texte est un subterfuge pour faire quelque chose de cette paralysie en en faisant un sujet d’écriture. Malheureusement je ne peux le faire qu’une fois, ce n’est pas une formule magique. Paradoxalement (ou pas justement), ces questionnements étaient censés être illustrés. Peut-être le seront-ils un jour. Le saviez-vous ? Il existe une journée nationale de l’autoportrait. On devrait s’y mettre. Rendez-vous le 1er Novembre prochain !
